23 nov. 2012

Avec pas d’casque

La dernière fois que j’avais vu Avec pas d’casque, c’était dans la fournaise d’un été, pour l’anniversaire de Grosse Boite au Quai des Brumes. À l’époque la poésie de Stéphane Lafleur avait effleuré mes oreilles comme un crève-tympan : une déchirure qui rend tout autre mot sourd. Puis « Astronomie » est sorti, et c’est comme si je ne me rappelais plus bien pourquoi j’aimais cette musique : à trop être en amour on en oublie la source et l’évidence remonte sans qu’on s’y attende, par quelques moments de vérité physique. La Sala Rossa avait comme décidé que ce soir-là qu'il ne pouvait en être autrement : les cœurs enrobés seraient comblés.

Antoine Corriveau en première partie, l’ingrate partie du début de soirée, où le monde jase avec sa bière tiédissant lentement, et où l’on écoute 15 secondes pour dire à son voisin « ouin, c’est pas pire », sans vraiment prendre l’ampleur de ce qu’on a sous les yeux. Car on l’oublie, les premières parties sont souvent les génies de demain. Pour Corriveau, nul doute que le passage du Printemps Érable a fait son chemin et que cette force créatrice a donné un supplément d’âme à ses compositions. Avec quasiment que des inédits, une vraie primeur, on sent un soupçon de Noir Désir là-dessous, ambiance « Des visages, des figures », la voix moins éraillée mais le même langage propres aux (en)voleurs de mots. Une certaine force tranquille émane des quatre comparses qui assis bien tranquillement se concentrent avec soin sur leurs instruments.

Avec pas d’casque arrive ensuite avec un Stéphane Lafleur décontracté et enjoué pas avare de sourires et bons mots avec le public. Les trois albums y passent comme on avalerait un cocktail super-couches : il n’y a rien à jeter là dedans, pas une seule milliseconde d’ennui. Le monde fredonne les refrains connus, s’essouffle devant les chansons plus calmes, et cri pour ponctuer les silences. Je ne sais pas ce qu’il y a de beau dans la musique d’Avec pas d’casque : quelque chose de personnel-universel, une sorte d’emprise rythmique qu’on retrouve naturellement, des paroles instinctives qui parle au premier comme au second degré. Si l’amour passe à travers le linge, il n’y a pas qu’au travers des fibres que la musique peut transporter, il y a aussi dans l’air confiné, au relent de bière, aux effluves de chaleur qu’elle se nourrit de quelque chose de plus qui laisse une trace dans le sang au dépistage des addictions frénétiques. La reprise finale d’Adamus en toute humilité et noblesse (Les chemins du doute) finit par tous nous tuer une overdose de beau et puis s’en va.

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