23 nov. 2009

M pour Montréal, M pour mitigée...

Jolie surprise dans le cadre de M pour Montréal (le festival qui fait la promotion des groupes de la scène montréalaise), perdu dans la salle du cabaret Juste pour rire, vers minuit trente-deux, Beast sort de sa cage avec une formation étoffée, et là on trippe ! Ça n’est pas la première fois que je vois Beast en concert, mais d’aussi près et avec tant d’énergie, c’est assez rare. Melle Bonifassi est très en forme et nous le prouve à chaque toune. Le cabaret semble soudain vide et plat quand le dj suivant arrive et à deux heures, on a droit à un sursaut au néon : tout le monde dégage, fin du set… un peu abrupte comme fin de soirée.

Le lendemain, c’était LA grosse soirée au Métropolis, salle où tu t’aperçois qu’il vaut mieux gratter le plafond que récurer le sol, le son est bien meilleur en hauteur. Je dois dire que j’avais acheté ma place les oreilles bouchées, en m’attendant à la légendaire qualité des groupes d’ici et en partant avec un a priori positif, puisque j’en connaissais à peu près la moitié… au final, je suis sortie de ma soirée un peu groggy, mi-figue, mi-raisin, pas franchement emballée mais pas complètement déçue non plus.

Premier artiste : Xavier Caféine… le DJ qui ne fait danser personne au Blizzart, bizarre… comment dire, on peut lui reconnaître une présence scénique, que son band fonctionne bien, le son est propre, pas de fausses notes, et hurler en chantant juste est gage d’excellente performance vocale. Mais là, ça n’était vraiment pas ma tasse de thé. Une sorte de sous-Indochine du milieu des années 2000 (donc pas le meilleur) avec des paroles qui ressemblaient à des jokes de Jon Lajoie.

Deuxième artiste : Misstress Barbara. Intéressant de voir une fille DJ commencer doucement à mettre le feu au Métropolis. A la vérité, ça n’était pas mon style de prédilection mais surtout, surtout ça chantait faux d’un demi-ton sur la moitié des tounes. On aura beau l’excuser car son retour aux oreilles était peut-être mal réglé, j’avoue que parfois la cacophonie du truc était à la limite de me faire prendre un autre gin tonic pour faire passer le citron.

Troisième artiste : Melissa Auf Der Maur. J’ai beaucoup de respect pour cette immense bassiste, d’avoir joué dans Hole et les Smashing (quand même !) et d’être la voix féminine d’une chanson d’Indochine aux paroles troublantes (Le grand secret). La demoiselle a un côté très félin et se déchaîne sur scène, avec un son qui fait block. Peut-être un peu trop dans sa bulle en osmose sonore avec ses musiciens, mais c’est un grand moment.

Quatrième artiste : Malajube. Autant vous le dire, je les adore ! Enfin surtout leurs albums. Pour leur show, on a droit à du formaté festival de 30 minutes avec un vague merci à la fin du set. Chaque toune ressemble trait pour trait celle de leur album, mais c’est pro, efficace et ils semblent avoir toujours du plaisir à jouer ensemble. Mon cœur ne peut s’empêcher de bondir sur Montréal -40°, nostalgie de l’hiver qui s’en vient.

Cinquième artiste : Champion et ses G-Strings. Ma claque de la soirée ! J’avais entendu la toune « Alive again », comme à peu près la moitié du monde à Montréal, mais là en live, le DJ, les cinq gars aux guitares et le chanteur à la voix impressionnante m’ont fait vaciller. Un mur de son, une marrée humaine, des sauts hallucinants du DJ (rien qu’en le regardant, j’ai fait mon sport de la semaine). L’ambiance était survoltée et la chaleur commençait à bien monter. Pour moi, le meilleur moment de la soirée

Sixième artiste : Fucked Up. Et bien fuck off pour moi. A peine trois hurlements du chanteur et j’étais au vestiaire. Mon oreille est entraînée à écouter beaucoup, beaucoup de musique mais là, c’était le décibel qui a fait déborder ma tolérance.

Petite soirée, donc, où pour l’anecdote, j’aurais bien fait avaler son Mac au journaliste dans la partie VIP qui se payait le luxe d’un tchat sur facebook en plein concert… déplorable.

17 nov. 2009

Les Etoffes

Vous connaissez la chanson de Yaël Naïm : Far Far. Et bien si la boutique Les Etoffes était une chanson, elle serait Far Far. Non seulement car la mélodie de cette chanson colle parfaitement à l’atmosphère de la boutique, mais aussi pour son refrain qui dit : How can you stay outside ? There's a beautiful mess inside.







Attention, je dis mess par pour le désordre, oh que non, mais plutôt pour messe, tellement les vêtements sont mystiques. Suspendu comme à de longs roseaux au dessus de quelques centimètres du vide, chaque pièce raconte une histoire en devenir. Car on ne choisit pas le vêtement ici, c’est le vêtement qui vous choisit. On dit bien d’un vêtement qu'il épouse le corps, et là le mariage d’amour est quasi inévitable à chaque coup d’œil.

Inutile de vous dire que je ne suis pas une accro du magasinage tendance tendance qui connait tout sur tout des coupes, matières, couleurs, textures qu’on devrait tous porter. Seulement vous citer quelques marques présentent dans la boutique comme Velour, Folk, Naked & Famous, Fifth Avenue Shoe Repair…et que le concept de la boutique a été réalisé par Antonin Sorel, artiste designer autodidacte.

Les deux propriétaires, Diana et Christopher, ont créé la boutique il y a maintenant un an. Et le monde se presse, parfois juste pour le plaisir de la vue, du toucher et de déambuler dans cet espace de bois chaleureux. On ne peut être que charmé par cette boutique… ça sonne doux Les Etoffes. Si vous marchez tranquillement sur St Laurent, stoppez vos pas au 5253 et sa devanture sobre. En plus, certains mardis, le plus sympathique des vendeurs paie son verre de Porto !

Mon achat coup de cœur : une paire de boucles longues en argent (merci Diane !) : le parfait compromis entre la discrétion et l’excentricité. Certains ont préféré un superbe manteau, qui je le rapelle un investissement de qualité :)
Les Etoffes : 5253 St Laurent
Photo by me

11 nov. 2009

Tout est question de cul(ture)

On créé ses repères comme on peut, mais en tant qu’étrangère en terre montréalaise, mon premier réflexe pour assouvir mon désir de connaissance a été la plongée urbaine, sans masque ni tuba, en totale apnée. J’en suis ressortie toute étouffée et j’ai bien failli m’y noyer. Montréal comme un cœur qui bat la chamade, à parfois des envies d’arrêt cardiaque ou d’une artère bouchée. Et je continue la réanimation quoiqu’il en coûte, car perdue dans ce qui devient ma ville, je respire et transpire si bien son essence que j’en suis devenue addict.


Français à Montréal, c’est un statut parfois difficile à assumer : montréalais, vous croyez connaître l’espèce protégée que sont les pvtistes, ces français venus ici pour « découvrir une autre culture et développer leurs compétences professionnelles »…comprenez parfois « découvrir d’autres petits culs et développer certaines aptitudes bien personnelles ».

Parce qu’on a parlé des milliers de fois des différences culturelles entre français et québécois, je me suis tannée de n’être vue et définie que par ma nationalité. Même si je comprends l’approche diplomatique et évidente d’un contact homme/femme par le biais de banalités ou tout le monde à son avis sur la question, j’en reviens pour ne jamais y repartir.

Oui, mes con(génére)s ont fait du Plateau un nouvel arrondissement parisien, et cette réalité me heurte parfois car j’ai quitté Paris pour surtout ne pas le retrouver ici. Mais voilà plusieurs mois que j’erre dans ce qui devient ma ville et le temps de la réflexion (peu) profonde prend le dessus. Pourquoi suis-je entourée d’une horde de français ? Parce que le communautarisme est certes sympathique, mais qu’on voudrait parfois être nu dans la rue et sans identité pour vraiment connaître le cul de l’autre.

Tout est question de cul(ture)… ou pas. Oui, on se définit par une culture, mais ça ne veux pas dire qu’on est inapte à en absorber d’autres pour faire de nous un être hybride capable de voyager avec n’importe quels petits culs. Car là aussi, le sexe prend le dessus sans dessous, et en matière de connexions sexuelles, sentimentales et amoureuses, j’avoue avoir larguer bien loin la balise de la compréhension et faire ma digne autruche en criant haut et tout bas « c’est une question de cul(ture) ».

Alors en conculsion, l’urbaine que je suis continue de respirer des gaz d’échappement qui me donne la nausée mais avec qui je dois cohabiter, et aspire l’air pur qui me remplit d’une énergie nouvelle à chaque bouffée au risque de m’hyper ventiler. Ce qui fait la beauté d’une ville ou d’une personne sont aussi bien ses défauts que ses qualités. Montréal les cul(ture)s entre deux chaises, à jouer les équilibristes noctambules sur les abords de Saint Laurent, les soirs ou ma tête n’est qu’un trouble.

6 nov. 2009

Bar en vain...


Vous connaissez tous mon affection pour le vin, rouge de préférence. Mon seul malheur ici au Québec, c’est que l’alcool soit si cher. La SAQ (Société des Alcools Québécois) a beau mettre de belles pastilles colorées pour faire passer la pilule d’un Bordeaux St Emilion 2008 à 19$, j’avoue que parfois la gorgée me reste de travers.





Reste que pour noyer mon (dés)espoir, je teste souvent des « bars à vin ». Attention à l’appellation, car certains bars utilisent cette notion juste pour dire : on est un bar au design sympa, avec des sièges qu’on croirait dessinés par Stark, un dj branché qui passe de la musique d’ascenseur, où l’on vous propose une dizaine de vins obscurs, sans vraiment savoir ce que l’on vous vend, mais en sachant bien que le tiroir caisse va claquer avec une moyenne de 12$ le verre !!

L’autre soir, j’ai donc savouré avec délectation mon vin canadien (très bon) et surtout l’énorme assiette de charcuterie à s’étrangler toute seule (il y avait bien 10 tranches très, très fines dans la petite assiette rectangulaire) avec ses minis tranches de pain toastées (sans beurre, il ne faudrait pas abuser) et une câpre (pas deux, pas trois, non une toute seule, qui pleurait dans le coin de l’assiette). Mon ami avait lui commander un « cheese burger »… ok, un homme quand ça à faim, vraiment faim, ça à envie d’en avoir un peu dans l’assiette. Même si bien sûr dans ce genre de lieu on s’attend à de la cuisine un peu fine. Comment dire, on a cru voir arriver un amuse-gueule, ce qui nous a pas franchement amusé.

Alors bien sûr, ça fait très française ex-parisienne pingre qui se plaint et comme pour me rattraper je vous dirais que le vin était excellent, la charcuterie très bonne, le cheese burger comprenez que je n’ai pas pu le goûter tellement il était petit. Reste aussi que j’ai apprécié le décor et ses tableaux de personnages historiques un peu warholisés, des toilettes i-tech (avec écran plats et publicité en boucle), un serveur charmant (qui tardait à nous proposer l’addition, rare) un mur tapissé d’étiquette de vin en vrac, assez sympathique et surtout des sièges confortables qui auraient pu être dessinés par Stark.

Reste que le meilleur moment de la soirée pour moi fût la petite marche dans les ruelles du Plateau, bras dessus, bras dessous avec mes amis, en allant retrouver la chaleur du métro et en ce disant qu’on irait bien au Santropol chiller un de ces dimanches.

Chesterfield - 451 rue Rachel Est - http://chesterfieldmtl.com/

2 nov. 2009

Florence and the Machine


A chaque jour que j’avance dans cette ville, ma vie semble s'encombrer de moments de frissons simples. C’est si facile de se créer des plaisirs pour trois fois rien. Comme par exemple, allez voir Florence and the Machine en concert.


Dans une petite salle, le cabaret Juste pour rire, la rousse androgyne habillée de noir arrive comme un hortensia au milieu de son jardin. La scène est jonchée de fleurs fraîches. On pourrait se demander si elle ne serait pas une vague parente de Sonia Rykiel. Un concert de Florence, c’est comme une rencontre amoureuse : il y a d’abord le regard, on se jauge, on s’interroge sur cette beauté, on s’apprivoise et là tout monte crescendo : le rythme cardiaque pour l’impression, les battements de cils pour l’attraction, les mouvements du corps pour la pulsion. Petit à petit la salle se réchauffe et l’excitation monte. Florence est une sirène, et on est tous comme Ulysse, on essaie de résister à son chant, mais attachés à la proue du navire, on a comme envie de déchirer nos liens et de plonger dans ses abîmes. Jamais autant une voix ne m’avait fait cet effet, mélange de dureté aphrodisiaque et de douceur cristalline.

Florence demande, le public s’exécute. La foule devient un immense jardin, fleurs et poings levés, un champ de bataille sans ennemis ou les soldats s’élancent en l’air, une rivière de larmes qui débordent d’émotion. J’aurais sacrifié beaucoup de mes bonheurs pour le plaisir de comprendre ce qu’on ressent quand on est face à eux, à chanter de ses trippes, à vomir son monde sans pudeur, à donner un petit brun, une tige, un pétale d’un nectar universel, à vivre vibrante comme si la seconde était la même pour tout le monde.

J’avais oublié ma caméra, car je voulais « immortaliser » ces moments, et au final, une photo n’aurait jamais capté ce sentiment qui m’avait envahi, elle n’aurait jamais été à la hauteur pour moi. La photo je l’ai dans ma mémoire, en son, lumière et stéréo.

Si j’étais une voix, je serais celle de Florence. Et j’étais une voie, je serais celle de Florence.