22 juin 2011

La patère raccroche

Je reviendrais au printemps, pour m’assurer que la maison est toujours là avec toi dedans. C’est sur ces belles paroles que s’est clôturé le dernier show de la Patère rose. Non la Patère ne reviendra pas au printemps, mais Fanny Bloom et son projet solo nous prépare, en compagnie d'Étienne Dupuis-Cloutier certainement une belle suite plus personnelle. Je n’ai plus compté les concerts de la Patère auxquels j’ai assisté depuis longtemps, mais c’est toujours avec la même émotion que cela me brasse le cerveau. Hier soir, avec ce point final, j’ai compris pourquoi j’aimais vraiment ce groupe…


Mardi soir, c’était l’été, la nuit la plus courte, et aussi la journée de la lenteur. Si j’avais su ça en me réveillant, j’aurais fait plus attention et ralenti mon rythme. Finalement, j’ai pris ma lenteur vers 19h30, quand je suis allée souper en terrasse dans ma petite Italie, avec mes amis. Sauf que pour bien faire, on a pris notre temps et on s’est ensuite déplacé lentement sur nos pieds dévêtus jusqu’au cabaret du Mile-End, pour arriver en retard : la première chanson de la Patère avait déjà filé dans les oreilles du public que nous montions les marches pour accéder à la salle.

C’est amusant comme on croise les mêmes têtes dans ce genre de concert : c’est comme une petite famille qui vient se féliciter, et surtout une grande fidélité de la part du public, qui depuis les débuts aux Francouvertes jusqu’à l’explosion d’une tournée en Europe (première partie de Mika, quand même) est toujours là, stylé et à l’écoute, en fredonnant les paroles de la belle. Et c’est là qu’il faut faire une pause pour découvrir le véritable talent de la Patère. Outre le côté pop-rock-électro rose bonbon qui a fait les beaux jours de la Patère, ce qui m’a toujours allumée c’est que la plupart des textes pourraient se retrouver aisément dans un recueil de poésie contemporaine. Il y a dans les mots de Fanny Bloom beaucoup de spleen comme celui de Baudelaire, une tristesse joyeuse, une folie douce ou l’art et la manière de dire de façon direct des choses détournées… à moins que ça ne soit l’inverse.

Le français n’est pas une langue facile pour la pop, et souvent on tombe dans le ringard (je sais de quoi je parle, ça fait trois ans que je suis toutes les étapes des Francouvertes), c’est pourquoi, quand on a la chance de tomber sur des phrases d’une simplicité et d’une honnêteté telle que « je t’aime pour longtemps », c’est comme quand on tombe en amour de trois mots collés au hasard, on est ébahi par la découverte du sens que cela fait pour nous.

Vous dire que ce dernier concert était fabuleux, exceptionnel, émouvant, riche en émotions, ça serait justement tomber dans des platitudes faciles de chronique à boucler rapidement. Non, ce concert était épidermique, qui laisse des traces invisibles sous la peau et dans le cœur, douloureusement beau, imperceptiblement fait d’imperfections charmantes, joyeusement aérien. On finissait les joues roses et les yeux serrés, juste ce qu’il faut pour contenir ce liquide salé qui n’arrivera pas à déborder, parce que le feeling, on le laisse en dedans, qui pince le cœur doucement.

Ceci n'est pas une fin…

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