22 mai 2011

La Vigile

Depuis le 26 mars 2011, tous les samedis à 14h, une vigile est organisée devant le parvis de l’Hôtel de ville de Montréal et dans d'autres villes du Québec. Mais qu’est-ce donc ? Il s’agit d’un moment où chacun peut librement parler, lire, énoncer, raconter, définir son Québec. À l’initiative de Sébastien Ricard, qui a entre autre participé au Moulin à Paroles à Québec en 2009, la Vigile est un espace infiniment grand, où la liberté d’expression prend toute sa valeur. Mais pourquoi donc étais-je là ce samedi et surtout pourquoi j’y retournerai et je vous conseille d’y aller.


Certains le savent, d’autres le découvrent peut-être, mais je suis française. C’est que mon accent parle pour moi, et peut même parfois se détecter dans mes écrits. En arrivant au Québec il y a deux ans et demi, je venais pour une histoire personnelle, un projet qui l’était tout autant, et il faut le dire, peu de connaissances de ce qui allait devenir mon « pays ». Je suis arrivée ici, comme on entreprend une relation amoureuse : séduite par la beauté physique des paysages et d’un Montréal singulier, je me laissais prendre au jeu du flirt et emballée par la passion, décidais de tout quitter pour venir poser mes valises ici. La lune de miel terminée, il m’a fallu un autre attrait que l’espace physique qui m’entourait, et plein de questions se sont alors bousculées dans ma tête : où suis-je vraiment, d’où viennent les gens qui m’entourent, et surtout vers quoi vont-ils ? Je devins une véritable espionne de la culture québécoise en posant de multiples questions à mes proches sur son histoire et en commençant à dévorer avec une quasi dévotion sa littérature et en particulier sa poésie. Force est de constater que pour certains, l’histoire n’était pas le point le plus fort, mais une réalité de leur quotidien me faisait comprendre bien des choses… de la discussion naît la prise de position puis l’action.
Tout ceci est encore récent, et pour l’instant, je me situe entre la discussion et la prise de position. Je vis au Québec, je parle français et mon métier m’amène tous les jours à défendre bec et ongle cette langue. D’ailleurs, en disant cela, je ne veux surtout pas résumer le Québec à sa langue. Je me sens intégrer à la culture québécoise et comme dans une relation saine, j’ai l’impression que le Québec m’apporte et que j’apporte au Québec. Je suis une immigrante, qui a été choisie par le Québec, et qui a pris le Québec pour lieu de vie. Finalement, je suis québécoise. Et parce que je le suis, et je me sens ainsi, je me dois de vouloir le mieux pour le Québec. Pour l’instant, je ne sais pas quel est le mieux, je dessine dans ma tête des possibilités d’avenir, mais en toute humilité, j’ai encore beaucoup à apprendre pour pouvoir passer à l’action.
Comme je le dis souvent, je suis née deux fois : une première en France par chance et une deuxième fois au Québec par choix. Ce choix individuel m’a amené à avoir une conscience collective de la société dans laquelle je vis. Je peux remercier mes parents, militants de longue date, sans doute par le sang révolutionnaire qui coulent en eux (grande tradition française !), qui sont pour moi des modèles de ce que tout citoyen devrait être. Ce sont des personnes impliquées socialement, culturellement et humainement dans leur environnement.

Quelle est la meilleure façon de vivre le Québec ? Je n’ai pas encore de réponse, mais ce n’est pas ce qui compte, le plus important, c’est que je me pose cette question. Comment un pays pluriculturel (par son nombre impressions de cultures venant de différents population de migrants) devient multiculturel (coexiste au travers de ces cultures)? La réponse est peut-être : en ayant un projet commun et en y contribuant même de façon individuelle, comme nous recyclons quotidiennement dans les bacs verts nos plastiques. Dans ce cas-ci, le bac vert est la Vigile : on vient y déverser un savoir à recycler pour tenter de construire autre chose… Nous sommes arrivés à ce qui commence.

Pour en savoir plus : http://marsdeuxmilleonze.wordpress.com/

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